Les sacrifiés – Heinz Schröter – 1962
Les sacrifiés – Heinz Schröter – 1962
Stalingrad jusqu'à la dernière cartouche
Ainsi se termine par une vision poétique « Les sacrifiés, Stalingrad jusqu’à la dernière cartouche »,de Heinz Schröter, traduit de l’allemand par Roger van Campenhout. Le correspondant de guerre Heinz Shröẗer, rescapé miraculeusement de la destruction de la 6ème armée, a pris ses notes pendant la bataille, le livre sera publié après la guerre. C’est le témoignage le plus bouleversant,le plus poignant, et en même temps extrêmement précis, factuel, que j’aie lu sur la plus plus grande bataille de tous les temps. « Le plus grand calvaire des hommes et des bêtes sur un champ de bataille. » Heinz Schröter est le premier, à ma connaissance, à aborder ouvertement le problème de la responsabilité de Paulus et de son état-major. Il n’aurait pas dû obéir aux ordres de Hitler.
La forteresse Stalingrad est vouée à la mort à partir du 19 novembre 1942, et tout le monde le sait. Le général Paulus aurait dû capituler, pour épargner des dizaines de milliers de vies humaines. Le commandant en chef de la 6ème armée aurait pu, aurait dû désobéir. Plusieurs généraux de division et de corps d’armée lui demandent de désobéir ouvertement et de télégraphier au QG de Hitler : « Tant que je combats à la tête de la 6ème armée, je suis responsable vis-à-vis d’elle. Après les combats, je le serai vis-à-vis de vous, mon Führer. » Paulus a reçu des dizaines de messages des officiers supérieurs de l’armée encerclée. « Mon général, mettez-y un terme, il ne s’agit pas de l’opinion mondiale, mais de la vie de nos soldats ». Le service d’information de l’Armée, qui examine l’ »état d’esprit » de l’armée de Stalingrad signale : « incrédule et négatif » 57,1%, « indifférent », c’est à dire désespéré 33%, « sceptique » 4,4%, « en opposition » 3,4%, « positif à l’égard de la guerre » 2,1%.
Paulus n’a pas désobéi, la 6ème armée exécutera les ordres de Hitler, « bis zur letzten patrone », jusqu’à la dernière cartouche, et cessera d’exister. Plusieurs centaines de morts, fusillés pour « lâcheté, désertion, vol de ravitaillement » s’ajoutent au carnage. Le soldat Wolf a volé un morceau de pain pour ne pas mourir de faim, il est passé par les armes le 16 janvier 1943. Dans la ville assiégée, la vie humaine n’a pas la valeur d’une croûte de pain. « … quels que soient les sacrifices que l’on demande à chacun d’entre nous, cela passera, c’est sans importance… » avait dit Hitler. « L’homme se régénère très vite ». Le vent glacial qui balaye les tombes de la 6ème armée annonce à la génération de nos parents que la longue nuit de la sauvagerie nazie qui s’est abattue sur leurs pays ne sera pas éternelle. Le livre de Heinz Schröter, qui « ne veut pas honorer la guerre, mais ses morts », paru dans les Editions Pierre De Méyère, Paris, en 1962, est introuvable aujourd’hui.
Karel Kostal
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